Les derniers chiffres de population, dénombrant le nombre d'habitants du territoire de la MRC d'Antoine-Labelle et le fixant à 35 414 personnes, confirment une tendance lourde observée depuis une décennie, à savoir que le territoire souffre d'une certaine stagnation quant au nombre de ses citoyens et que sa croissance devient marginale, si on la compare avec les chiffres des recensements décennaux passés de Statistique Canada.
Cette croissance limitée, voire même les quelques baisses observées, ont marqué l'histoire de la MRC d'Antoine-Labelle depuis le début de la colonisation du territoire à la fin du XIXe siècle et ont été entrecoupées de forts gains à des moments charnières de l'histoire.
Comme le démontre le tableau qui suit, trois périodes spécifiques correspondant à la grande crise économique de 1929, à l'exode rural des années cinquante et soixante et à une certaine perturbation économique dans les années '90 et '00 ont freiné une croissance qui avait pris des proportions intéressantes à certaines époques.
Recensement décennal canadien Population de la MRC
1871 314
1881 1 727
1891 2 676
1901 7 175
1911 13 691
1921 19 734
1931 20 140
1941 23 034
1951 27 228
1961 26 227
1971 27 351
1981 30 895
1991 32 019
2001 35 626
2011 À venir en 2012
À toute fin pratique, la population de la MRC n'a pas bougé depuis 10 ans et elle est loin du bond de quelque 11 % enregistré dans la décennie précédente. L'ajout d’une population de villégiateurs, venus s'installer à la retraite dans les Hautes-Laurentides, a compensé en partie l'exode de beaucoup de jeunes et d'une population adulte touchée par les hauts et les bas de l'économie forestière. Les activités importantes et les investissements réalisés à Mont-Tremblant ont aussi eu un effet de stabilisation, en particulier dans la Vallée de la Rouge.
Cette stagnation avait été aussi enregistrée entre 1951 et 1971, période durant laquelle le nombre d'habitants n'avait pas bougé, conséquence de l'exode rural lié à la baisse des activités agricoles et l'attrait des grands milieux urbains avec leurs industries manufacturières.
La même chose s'était produite au tournant des années trente avec la grande crise économique. La population de la MRC avait à peine bougé entre 1921 et 1931.
Pourtant, le territoire a connu des croissances significatives, en particulier entre 1891 et 1921, le tout lié à la colonisation, bien sûr, mais aussi à l'électrification des milieux qui amènera notamment des industries de sciage et l'avènement du chemin de fer qui atteindra Mont-Laurier en 1909. L'après-guerre amena également son lot de colons et la population augmenta de 18% entre 1941 et 1951. Les familles nombreuses aidèrent aussi largement.
Au plan local, les municipalités ont connu des hauts et des bas. Qui se souvient que Sainte-Anne-du-Lac comptait 1 389 habitants en 1951, Mont-Saint-Michel 970 en 1961 et Notre-Dame-de-Pontmain 1 031 en 1931, alors que leur population respective en 2010 est de 627 (Sainte-Anne-du-Lac), 611 (Mont-Saint-Michel) et 714 (Notre-Dame-de-Pontmain) ? Par ailleurs, Kiamika est actuellement sur le point de rejoindre son chiffre de population de 1941, tandis qu'il y avait 3 250 habitants à Ferme-Neuve en 1961, 399 de plus que maintenant. Enfin, Lac-Saguay, qui a déjà eu 551 habitants en 1921, a vu sa population décroître jusqu'à 276 habitants en 1961 avant de revenir à 513 habitants cette année, en partie à cause de l'installation à temps plein de villégiateurs.
Finalement, si on regarde la croissance des quatre dernières décennies (depuis 1971), la population de la MRC a crû de 29%, ce qui est supérieure à beaucoup de régions rurales qui enregistrent souvent des baisses significatives, mais qui ne permet pas une croissance suffisante pour augmenter de façon importante l'offre de services. Mont-Laurier (29% aussi) a toujours suivi la tendance régionale, tout comme Notre-Dame-du-Laus (39%).
La grande banlieue de Mont-Laurier, soit Lac-des-Écorces, a connu une croissance de 70% durant cette période, tout comme Nominingue (86%), L'Ascension (71%), Kiamika (54%), Notre-Dame-de-Pontmain (50%), Lac-Saint-Paul (58%) et Lac-Saguay (86%). Sur 40 ans, ces pourcentages sont toutefois peu importants. Chute-Saint-Philippe remporte la palme avec une croissance de plus de 120% depuis 1971, ce qui là, est significatif.
Du côté des municipalités perdantes ou nettement sous la moyenne, signalons Rivière-Rouge (11%), Ferme-Neuve (0,25%), Lac-du-Cerf (14%), Mont-Saint-Michel (-13%) et Sainte-Anne-du-Lac (-21%).
Quel sera l'impact de l'actuelle crise forestière sur les chiffres des prochaines années ? Nul ne peut le prédire. Toutefois, la légère baisse enregistrée par les récentes données de l'Institut de la statistique du Québec, pour l’année 2010, mais compilées au 1er juillet 2009, alors que la crise n’avait pas encore eu de conséquences vraiment significatives sur les mouvements de population, laisse entrevoir que le recensement décennal du 1er juillet 2011, dont les données seront rendues publiques au printemps 2012, pourraient révéler des surprises.
La région a toutefois toujours réussi à se maintenir à flot. Une certaine diversification de l'économie, telle que prônée par les autorités politiques, en matière industrielle, agroalimentaire, touristique, environnementale ou de services pourrait permettre de contrer les baisses anticipées.
Note : Les chiffres ci-dessus tiennent compte des modifications territoriales subies par la MRC, lors de sa création en 1983, où les municipalités de Labelle, La Minerve, La Conception et Lac-Tremblant-Nord s'étaient jointes à la MRC des Laurentides et lors de modifications de territoires non organisés, dont certains habités, en 1985 qui ont été annexés aux MRC des Laurentides, de Papineau et de la Vallée de l'Or. Les fusions de 2003 et celle touchant Ferme-Neuve ont aussi été considérées.
(PB0402372)